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Journée Mondiale des réfugiés

Je me dirige en courant dans cette allée en pente qui me permet d’atteindre la salle d’attente.

Dans l’attente, j’accueille leurs inquiétudes et leurs préoccupations.
Dans l’attente, je reconnais qu’ils passent un moment difficile.
Dans l’attente, j’entretiens avec eux l’espoir que tout ira bien.
Dans l’attente, je leur rappelle l’importance de se concentrer sur le moment présent, sur ce qu’ils peuvent faire ici et maintenant.
Dans l’attente, je leur propose une vision globale de leur situation.

Le couple et leurs enfants me suivent jusqu’à mon bureau, et je redescends tranquillement la pente que j’ai montée en vitesse. Une semaine s’est écoulée depuis leur arrivée.

L’arrivée. Éprouvante quand le froid glace les os. Excitante, pour les enfants quand la neige est fraîche et collante. Enivrante, quand une famille qui était séparée est de nouveau réunie. Douce en juillet, quand le soleil chaud est brillant et que l’herbe verdoie.

Nos chemins se sont croisés lorsqu’ils sont arrivés ici, une terre d’accueil reconnue pour les personnes réfugiées. Nous les avons accompagnés à chaque étape de leur installation et nous les accompagnerons tout au long de leur processus d’intégration. Nous sommes le premier point d’ancrage de cette famille, nous, étant tous les membres de l’organisme dont la mission est d’accueillir les nouveaux arrivants.Encore enchantés par la découverte de leur société d’accueil, ce couple et leurs enfants sourient à la vie. Cette vie qu’ils qualifient maintenant de paradis. Ce pays qu’ils remercient. Ils peuvent maintenant rêver d’un avenir meilleur. Ils ne sont plus résignés à survivre, ils peuvent maintenant vivre, mais vivre comporte son lot de défis quotidiens.

Confrontés à une vie sans limites qui avance à vive allure.
Confrontés à une vie qui expédie souvent les visites et les repas.
Confrontés à une vie qui devient soudainement abondante.
Confrontés à une nouvelle vie plus douce, oui, mais déroutante aussi.

Je compte avec eux autant de défis que de préoccupations. La nouveauté souvent les assaille de plein fouet. C’est comme si un raz de marée de concepts et de codes, dont vous ne comprenez ni la teneur ni le sens, vous submergeaient.

Bien souvent fragilisées physiquement et psychologiquement, les personnes réfugiées vivent une réalité que nous pouvons difficilement concevoir tellement elle est complexe. Elles ne craignent plus pour leur vie, mais certaines craignent de vivre.

Alors tranquillement, je les accompagne dans cette mer d’adversité. Ce travail je l’aime et je le chéris, mais parfois je le trouve intense aussi. La souffrance se dépose parfois en moi et bien que je sois outillée pour ne pas la laisser s’installer, il m’arrive de trouver qu’elle est difficile à évacuer. Je sais qu’elle ne m’appartient pas, mais parfois, elle se fraie un chemin en moi sans que je l’aie demandé. Enfin, j’y suis seulement légèrement exposée et j’admets que je peux avoir de la difficulté à la supporter. Imaginez quand vous y baignez, quand tout votre être en est trempé.

Notre rencontre est sur le point de se terminer, et je conviens de les revoir dans deux semaines. Je constate que cette famille se mobilise et s’adapte. Elle quitte mon bureau en laissant derrière eux une longue traînée d’espoir. C’est ainsi que je ressens une grande dose de satisfaction.

Fabienne Côté
Intervenante au SANC

 

Le 20 juin, nous prenons un temps pour nous arrêter et pour contempler la réalité de plus de 70 millions de personnes dans le monde. Nous rendons hommage à leur courage, force et persévérance.

Cliquez ici pour lire notre À Bon Port, spécialement dédié à cette journée